23/05/2012

24e RTS naissance d'une conscience.

 

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Le 24e RTS est un régiment africain, cependant on trouve en son sein des soldats appelés pour effectuer leur temps de service national qui varie de 12 à 24 mois selon les périodes alors qu’il est invariablement fixé à 36 mois pour les Africains. La cohabitation en caserne se passe bien entre ces hommes venus de milieux si différents qui servent sous le même uniforme et le même drapeau. Peu de témoignages de soldats africains nous sont parvenus à l’exception de cette lettre : « Mon capitaine j’ai l’honneur de vous écrire cette lettre pour vous mettre au courant de mes nouvelles. Après onze jours de traversée calme bercée par les flots de l’océan Atlantique, je suis bien arrivé en France. Ma joie fut à son comble quand je me suis embarqué à Conakry sur le paquebot Brazza qui m’enleva loin de mon pays natal. Ce voyage sur mer me dégoûtait comme à plusieurs de mes camarades à cause du mal de mer, mais nous avons été bien soignés. Après cinq jours de pose à Bordeaux, ville industrielle, nous avons été dirigés sur Montauban où nous avons été répartis entre les divers bataillons du régiment. Affecté au 2e bataillon du 16e RTS je suis arrivé à Cahors tout joyeux d’avoir fait un voyage intéressant et instructif. Fier de mon titre de sujet français, comble de tous plaisirs terrestres, je suis heureux de servir la généreuse France notre patrie. Espérant recevoir de vos nouvelles… »[1] Beaucoup se lient d’amitié ; les photographies ci-contre en témoignent. Lors des combats de juin plusieurs tirailleurs se sacrifieront pour leurs frères blancs. Cette fraternisation ne sera pas sans poser quelques problèmes lors de la démobilisation des tirailleurs. Déjà en 1914 certains administrateurs et gouverneurs s’étaient opposés à l’envoi de contingents africains en Europe. Au sortir de la guerre des commandants de cercle tiraient la sonnette s’alarme « Des rapports s’inquiètent pourtant d’une évolution dans l’état d’esprit des démobilisés : « Les anciens tirailleurs sont pire ici qu’ailleurs, parce que tous sont d’anciens esclaves, gens de peu d’initiative. Se trouvant remplacés chez leur maître, à leur retour de France par des ouvriers soudanais, ils trainent et boivent en attendant des secours militaires et s’abrutissent. » Il est certain que la guerre a laissé des traces profondes dans les sociétés africaines, et qu’elle marque un tournant dans la prise de conscience et la volonté d’émancipation de ceux qui y participèrent. »[2] En effet les soldats rendus à la vie civile reviennent changés. Beaucoup d’entre eux ont du mal à reprendre leur place, ils contestent l’autorité excessive des chefs de village, revendiquent leurs droits et s’insurgent contre les commerçants, car ils connaissent la valeur de ce qu’ils achètent.

 



[1] Lettre manuscrite du Soldat Santana Kamara adressée au capitaine Verdier comandant du Mac

enta. Guinée.  24 Août 1938. CHETOM Fréjus 18H74

 

[2] La Force Noire Gloire et Infortunes d’une légende coloniale Eric Deroo- Antoine Champeaux Paris 2006

 

22:46 Écrit par excalibur6640 dans Blog, Film, Histoire, Jeux, Livre, Loisirs, Musique, Science, Shopping, Sport, Voyage, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usap | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | |

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