16/05/2012

Rivesaltes 1939 avant que le camp ne soit destiné aux "étrangers indésirables"

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L’idée de créer un camp à Rivesaltes est née en 1935. Jusqu’alors l’armée se contentait pour l’entraînement des hommes d’utiliser les landes de Canet, le terrain du bocal du Tech et les terrains de manœuvre de Baixas. Mais au début des années trente, la France prend enfin conscience de la menace que représente son voisin allemand. Le doublement de la capacité de recrutement des troupes coloniales indigènes implique la construction de nouveaux camps. Ceux de Fréjus et de Souge créés durant le premier Conflit Mondial sont saturés. L’Etat va exproprier près de 600 hectares de terres sur la commune de Rivesaltes pour y implanter un camp de transit d’une capacité de 16000 hommes, plus fonctionnel qu’à Fréjus, car desservi par la voie une voie ferrée. Un quai de débarquement sera spécialement construit en bordure des terrains militaires. Ce n’est qu’en 1938 et 1939 que les premières baraques sortent de terre. La réduction des budgets militaires a sérieusement ralenti la mise en place de ce projet que la crise espagnole va concrétiser. En 1939, 500000 réfugiés passent les frontières du département. Trois camps sommairement aménagés à Argelès, St-Cyprien et Barcarès permettent d’absorber chacun près de 70000 soldats de l’ex-armée républicaine. Des compagnies de travailleurs espagnols sont mises sur pied, main d’œuvre bon marché, pour construire les îlots constituant le camp militaire. Si une bonne partie d’entre eux seront occupés par des bataillons sénégalais de renfort, d’autres sont dévolus aux familles avec enfant. Les étrangers (en règle générale opposant au régime) des pays en guerre avec la France initialement regroupés à St-Cyprien, seront transférés au camp de Rivesaltes fin 1941 après que celui-ci fût en partie mis sous la responsabilité de l’autorité préfectorale[1]. Les Juifs étrangers seront quant à eux regroupés à l’îlot K jusqu’en 1942, date à laquelle un premier convoi partira vers les camps de la mort. Malgré la dissolution des troupes coloniales indigènes, certains îlots regroupent encore d’ex-prisonniers réformés ou mis en congés de captivité et restitués par les Allemands aux autorités de Vichy, mais à partir de 1942, l’évacuation de ces hommes est impossible du fait du débarquement des forces anglo-américaines en Afrique du Nord. Les plus malades sont décrits dans des rapports de l’Administration française comme des « déchets définitifs », ou « irrécupérables ».

 



[1] En 1941 on comptera au camp de St Cyprien 1897 Allemands, 1036 Autrichiens, 166 Polonais 203 apatrides soit à peu près 3345 internés.

 

 

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10/05/2012

Les Sénégalais à Perpignan qui s'en souvient?

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23:04 Écrit par excalibur6640 dans Blog, Film, Histoire, Jeux, Livre, Loisirs, Science, Shopping, Sport, Voyage, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | |

09/05/2012

Une Histoire Oubliée. Les Tirailleurs Sénégalais de Perpignan de la Retirada à la débâcle de Juin 1940

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Lorsqu’ils viennent tenir garnison à Perpignan à compter du 1er janvier 1923, les tirailleurs sénégalais ne sont pas des inconnus pour les habitants de la cité catalane. Ils ont servi par centaines de milliers en France et en Orient entre 1914 et 1919, plusieurs centaines ont été soignés à l’hôpital de Perpignan et bon nombre d’entre eux reposent au carré militaire du cimetière de l’Ouest. La République reconnaissante leur a donné une place d’honneur lors du défilé de la victoire du 14 juillet 1919 ; le concept de Force Noire a su s’imposer, malgré les réticences d’une partie de la classe politique, de certains administrateurs de l’Afrique de l’Ouest et des colons. Mais dans l’inconscient collectif, ces soldats coloniaux n’ont pas leur place sur les champs de bataille d’Europe, on les qualifie de « chair à canons » alors que, même si le chiffre des morts au combat s’élève pour les Africains à 29310 tués, il n’est pas pour autant supérieur en pourcentage à celui des combattants européens. Malgré cela, lorsqu’ils débarquent en gare de Perpignan ou à Port-Vendres, ces hommes noirs intriguent. On les reconnait, car ils sont depuis 1916 représentés sur toutes les boites de poudre chocolaté, ils inspirent respect et crainte. Respect du fait de leur uniforme, mais crainte du fait de la propagande qui, bien malgré eux, les a dépeints comme d’anciens barbares anthropophages nouvellement civilisés, sachant manier avec dextérité le coupe-coupe. Ce coupe-coupe ils le porteront à la ceinture jusqu’en 1940. Les Allemands leur feront alors payer très cher l’usage de cette arme si commode dans les combats rapprochés. Hauts en couleurs, les tirailleurs arborent la chéchia cramoisie haute de 25 centimètres et une large ceinture de laine écarlate portée sous les vêtements en tenue de campagne en Europe.

 

Le regard porté sur les Africains au sortir de 1914 est ambivalent. « Les Français érigent plus que jamais les tirailleurs en modèles d’assimilation réussie. Ce sont eux désormais les civilisés, et les cartes postales humoristiques l’illustrent abondamment. La sauvagerie a changé de camp. Cependant, bien malgré eux, les tirailleurs restent les otages d’un discours patriotique qui les enferme une fois de plus dans les stéréotypes. »[1] Durant les dix premières années qui suivent l’implantation des troupes coloniales indigènes en France, le tirailleur sénégalais est identifié dans l’imagerie populaire au personnage véhiculé par la marque Banania. Devant cette utilisation caricaturale et réductrice, les intellectuels Noirs s’insurgent en vain. Senghor sera de ceux-là et publiera dans son recueil « Hosties Noires» :

Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort
Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère de sang?

Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux
Je ne laisserai pas -non!- les louanges de mépris vous enterrer furtivement.
Vous n'êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur
Mais je déchirerai les rires banania sur  tous les murs de France.

Car les poètes chantaient les fleurs artificielles des nuits de Montparnasse
Ils chantaient la nonchalance des chalands sur les canaux de moire et de simarre
Ils chantaient le désespoir distingué des poètes tuberculeux
Car les poètes chantaient les rêves des clochards sous l'élégance des ponts blancs
Car les poètes chantaient les héros, et votre rire n'était pas sérieux, votre peau noire pas classique.



[1] La Force Noire. Gloire et infortunes d’une légende coloniale. Eric Deroo et Antoine Champeaux. Ed Tallandier. 2006. p59.

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